Une moitié de bijoux raffinés, de l'orfèvrerie coûteuse et la moitié d'efforts et de dévouement. Tout rentre dans l’encyclopédie de la tauromachie et c’est ce qui s’est passé. Les chiffres sont obligés de tout. Cette fois-ci, les attentes ont donc été réciproques. L'après-midi a mieux commencé qu'il ne s'est terminé, donc s'ils avaient modifié l'ordre, cela nous aurait laissé un meilleur goût. En tout cas, personne ne peut dire que l’après-midi a été perdu. Bien au contraire. Il y avait la fête et la coexistence, la passion sans sentinelle, peu importe combien… J'allais écrire un putain d'hélicoptère, mais il vaudrait mieux dire que la nécessaire surveillance du ciel était sur le point de mettre fin au travail en profondeur de Roca en seconde partie de l'après-midi. Les trois épées, Morante, Roca et Rufo étaient clairement au-dessus des taureaux. Le premier de Torrealta, laid et délabré, manquait de classe, raccommoder une course de luxe avec un placard comme celui-là est difficile à digérer ; et les cinq mélanges de noblesse et de douceur d'Álvaro Cuvillo avec un net avantage pour ce dernier.
L'ambiance était à la grande fête. Ce qui correspondait au jour. À ce moment-là, la place était pleine à craquer jusqu'aux toits, huit jours avant que le ticket ne soit épuisé. Réponse exacte et équitable à la programmation. La tauromachie de Valence et l'approche se sont montrées dans leur élément, cela s'est fait sentir. Il faut dire que la corrida est à la valencienne. Public généreux, mais pas ignorant. Dans le dilemme de la ruine ou du luxe, hier c'était le luxe. Ainsi l'imprévisibilité, la chance, la baraka… qui sont des conditions congénitales à la tauromachie, qui peuvent vous ébranler entre la gloire et la croix, cette fois-ci, c'est surtout la gloire qui est ressortie. Les choses bien faites, bien comprises, bien programmées, ont de fortes chances de bien se passer. Et c'est ce qui s'est passé. Qu'ils ont parié sur un gagnant et qu'il en est sorti gagnant.
La cape de Morante, et aussi les tripes de Morante qui se retournent, refusant à tout moment de sortir le drapeau blanc, pas même dans le quart d'épreuve qui, en d'autres temps, aurait duré aussi longtemps qu'une bouffée sur un de ses cigares ; la poussée de Roca Rey s'est transformée en pétard comme Pascual l'a souligné dans son message d'hier, avec le gentil et avec le chungalí, cela s'appelle figure responsabilité ; la forte tauromachie de Rufo dans son premier, la muleta dans la zocata, les talons ancrés, la ligne longue et profonde ; le luxe des chalutiers qui racontent leur histoire à Valence ; les préambules patriotiques au son des deux hymnes, pour une plus grande gloire ; la reconnaissance de De la Fuente, un entraîneur triomphant parmi les câlins et les félicitations, j'aimerais que le monde du football ait ces déclarations d'amour avec la tauromachie ; la température idéale, qui compte aussi, ni froid, ni chaud, ni mouches, bon sang, ils manquent ; l'angoisse de Javier Gómez Pascual, un homme d'argent qui a décidé de se couper la queue de cheval à Valence après une carrière de tauromachie honorable et courageuse… C'est ce qui s'est passé et bien plus encore, mais permettez-moi une pause, pour vous raconter le départ sur les épaules de Roca enveloppé dans la passion juvénile, une nuée d'enfants accros à la magie de la tauromachie… Rock and Roll, procession tremblante, à ce moment-là de l'après-midi, après presque trois heures de spectacle, il était évident que Valence était de Roca et Roca de Valence.
Après un long préambule d'hymnes avec le défilé arrêté, donc le détail doit blesser les toreros pour qui le moment leur pèse comme une mauvaise année, les applaudissements pour amener Morante au troisième pour lui rendre hommage n'ont pas abouti. Le Sévillan a résisté, je ne sais pas si parce qu'il était déjà fou de la sortie du taureau, si parce que les applaudissements lui semblaient peu nombreux ou parce que la superstition contre les bons principes ne disparaît jamais complètement. Et sans plus attendre, le premier est sorti, grand, pas du tout harmonieux, moche, pourquoi se promener avec des euphémismes. Un pont de véroniques de Séville exposant, ce qui n'est pas habituel, a placé le thermomètre à travers le toit. Sur ce même taureau, pourquoi attendre, Roca Rey, ni courtoisie ni respect pour les années, de sa droite, il a jeté sa cape derrière son dos et l'a passée plusieurs fois sur ses cuisses. Les hostilités ont été inaugurées dans la liesse générale de la grande majorité qui n'acceptait plus le geste lorsqu'il le réessayait dans la salle et oubliait la concurrence libre et commode. Ils le voulaient entièrement pour Morante.
« L'homme de Tolède a survécu à la passion de la place pour les personnages avec un score élevé »
Après avoir trinqué à Luis de la Fuente, Morante a ouvert sa première tâche avec un deck de toreros hautement assistés et une série de toreros naturels directement extraordinaires. Le Sévillan a supporté les épreuves de Torrealta, il a montré la bravoure et la classe que le taureau n'avait pas, il a consenti à lui, il l'a attendu, il lui a fait croire qu'il pouvait commander quand le responsable, avec la tête froide et le cœur chaud, c'était lui, de telle sorte que tantôt il le forçait, tantôt il le soulageait. S'ils veulent rechercher un défaut dans le travail, il a peut-être passé trop de temps avec le taureau et il n'en a pas besoin de beaucoup. Avec la tourelle, il a au moins essayé de le tuer à la porte de la porcherie, il a glissé, il s'est trouvé compromis, il a réessayé et le fait que l'épée soit légèrement détachée a été une raison, une autre je ne vois pas, pour que le président sorte son étrange catéchisme d'on ne sait quelle religion et se tient devant la volonté populaire. Cela, dans les pages politiques, s'appelle… disons présidentialisme ou coupe-vent à la constitution. Et la récompense s'est réduite à une ovation ronde et sincère de la part des médias.
Il a reçu son deuxième avec des lanternes et des tabliers et lui a offert un galéo pour chicuelinas pour l'emmener au cheval, comme c'est merveilleux ! surmonté d'une serpentine de ceux qui méritent un monument. Il a été tellement inspiré qu'il a profité d'un désarmement pour faire une démonstration de pouvoirs et de réductions qui a mis le public debout. Morante athlétique, ooh ! Le taureau lui a donné des raisons de sortir avec l'épée meurtrière et de rassembler des combats entre toreros de son espèce, le genre qui a donné naissance à tant de légendes, mais il a renoncé à cette licence il y a longtemps et est devenu volontariste.
Roi Rocher
Roca Rey l'a tout de suite mis en place. Ce voyage de la porte présidentielle à la porte drag pour gagner Veronicas valait un Potosí. Faites un pas, faites un pas, toujours en avant, un tremblement de terre, un avertissement au taureau et au public, me voici aux commandes. Il a également ordonné qu'ils ne mordent pas ceux de Cuvillo, mais seulement le minimum, ce qui est une commande très populaire à Valence. Une explosion médiatique explosive en a été le préambule. Lui, à genoux et le public debout en juste correspondance, la musique à l'attaque du pasodoble, l'hélicoptère béni emmêlé dans les airs, le Péruvien maudissant l'aérien spontané, une folie à laquelle il a donné un degré de tauromachie avec une série avec une formidable droite qui a mis le public debout. La béquille traînée et les pieds enfoncés, sans un pas en arrière, prouvaient la bravoure du taureau et le courage du torero. Il a répété sa chance, il a encore une fois affronté effrontément ceux qui étaient dans l'hélicoptère qui lui enlevaient sa concentration, il a surmonté l'atmosphère de telle manière que chaque fois qu'il sortait de la gueule du taureau, chaque fois qu'il terminait une série, le public, comme un ressort, se levait. Cela, étant donné l’atmosphère morantiste (logique) qui régnait, ne pouvait pas être inutile. L'attaque a été monumentale dans son exécution, qui à elle seule vaut une oreille, mais le président a estimé qu'il n'y avait rien de plus. Ce serait écarté lors de l’évaluation du mérite, c’est tout.
Avec son deuxième, un alezan distrait et doux, scandaleusement insaisissable, peut-être à cause de l'influence de la lumière électrique, Roca a réussi à l'attraper et a fait le travail sans raison, pour des raisons civiles ou pénales dans un exercice absolu de responsabilité personnelle. Il tua à nouveau avec force et déverrouilla la grande porte. C'est pour cela qu'il était venu, ça se voyait.
Ce Rufo
Lorsque le troisième joueur est sorti, Rufo avait un gros problème à résoudre. La première chose était de rappeler qu'elle était là, qu'il fallait partager des regards et des envies. Il l'a fait. Le Colorado, beau mais doux, apprivoisé avec solennité ou du moins c'est ce qu'il semblait, bien qu'avec une classe extraordinaire qui a vu ce qui a été vu sont des concepts compatibles, c'est ce qu'on appelle maintenant la tauromachie qui se traduit par noblesse, humiliation et rythme. Il n'a pas été courageux ou oui, comprenez-le comme vous voulez, le fait est que les médias ne l'ont pas acheté, mais quand Rufo, qui n'a pas abandonné, a trouvé le terrain qui lui convenait, il a chargé avec un pur luxe et Rufo l'a combattu avec un pur luxe, surtout naturellement sur des terrains de 10, la muleta traînée, la ligne droite cassée, les poignets endormis, la fin du voyage dans chaque muleta a frappé bien au-delà de la hanche, la profondeur est comme ça qu'ils appellent, et le public d'hier compris toutes les corridas, lui fut confié. Une fente légèrement tombée et encore une espièglerie présidentielle. Son second ne lui laissait plus d'options. Quoi qu’il en soit, survivre aux deux grands toreros a un mérite particulier.
