Ce 9 octobre Valence est la capitale de la tauromachie. Valence, pleine. Joli. Vive. Vital. Multiracial. Aujourd’hui, c’est particulièrement patriotique, justement ce qui nous manque à de nombreuses reprises : nous valoriser. Corrida Morante, corrida Roca Rey, division et convergence à la fois dans les files bondées. Ortega l'a déjà dit, quiconque veut connaître l'Espagne devrait se rendre dans les arènes. Il a oublié de souligner une autre réalité, celle de quelqu'un qui veut une leçon de coexistence qui apparaisse sur une place. Univers divisé de manière ordonnée. Le soleil et l'ombre. Au nord les canons, le classicisme en évolution, celui qui est distrait obtient le taureau ; au sud la révolution, le non-conformisme, l'ascension du courage et de la vérité, que cette histoire de taureaux parle de vérités et condamne les ruses. Traversez-vous !… Mettez-vous à votre place !… Et la majorité finit aux commandes à moins d'ingérence délictuelle de l'autorité. Dont personne n’est libre. Si vous me dépêchez, aujourd'hui la vieille Europe et la nouvelle Amérique en juste concurrence, un Péruvien de Séville et un Sévillan de la plus poétique Arcadie. La valse et le rock.

Il n'y a pas besoin de se rappeler, c'est Morante et Roca Rey, le dernier défi de l'année, en écoutant Morante souffrir, l'avant-dernier défi pour toujours de deux légendes sur leur propre place. Ici, le débutant (adolescent) Morante a triomphé sans tuer aucun des taureaux qu'on lui avait donnés et il a encore triomphé plusieurs après-midi. Comment ça ?… parce qu'ils le comprenaient, en fait ils le devinaient alors qu'ils ne le comprenaient pas encore partout ; Ici, Roca Rey a triomphé dès la première promenade alors qu'il était encore adolescent et tout ce qu'il faisait était non-stop. La rencontre se déroule donc en territoire neutre.

J'insiste, aujourd'hui, Valence est la capitale de la tauromachie. S’ils me quittent en un jour aussi patriotique, je me vanterai que ce n’est pas nouveau. Ni les bienfaits de Valence ni les valeurs de la tauromachie. À Séville, capitale de la tauromachie pendant tant d'après-midi, défendue avec fierté par ses habitants, ce que nous, valenciens, n'avons pas toujours exprimé, les personnages les plus universels de cette époque sont venus communier, parce que c'était la communion. Je me souviens, parce que j'ai eu le privilège de l'interviewer, de Jean Cau, éditorialiste rigoureux, secrétaire de Jean Paul Sartre, passionné de corrida qui est revenu à Séville après plusieurs années, après avoir écrit un livre sur Jaime Ostos et lui a même pardonné d'avoir un feu tricolore (vol de bagages pendant le feu rouge) à l'entrée de la capitale de Séville, sur l'avenue Kansas City. Et dans la contre-réponse, on pense aux paellas d'Orson Wells sous les arcades de la place (il y a des témoignages graphiques) et je n'évoque plus Don Ernesto, qui était fou de paella et de clochinas en bord de mer. Je les cite comme j'aurais pu citer la présence des Kennedy et de tant d'autres à Séville, Pepe de Utrera se faisait appeler Joseph Kennedy lors de ses étés à la maison Guardiola à Utrera ou Carrillo lui-même, perruque de camouflage incluse, sur la Plaza de Valencia quand ce n'était pas encore légal dans cette Espagne qui s'éveillait, dont il y a aussi un témoignage graphique. Naturellement je n'ai pas fait le choix des personnages au hasard, j'ai simplement essayé de laisser blanc sur noir que les taureaux ont été bénis et accueillis sur les deux trottoirs de cette Espagne actuellement si divisée et si amère. L'un lui entretient sa fidélité, l'autre l'attache à des qualités imposées. Je pourrais continuer à citer les personnages protaurins : Tierno, Semprún, Alberti, Picasso, Brines, Gaya… maintenant, après avoir cité tous ceux cités, qui ne sont pas tous, vous allez les disqualifier. Il y en aura des audacieux, c'est sûr.

L'association Valence-Séville n'est pas non plus une coïncidence, ou si vous préférez Séville-Valence parce qu'historiquement les deux arènes ont été les plus similaires, c'est-à-dire comprendre l'échec des tentatives de rapprochement idéologique (parlant taurin) de Valence à Madrid, que cette histoire de tauromachie est une question de sensibilités, de racines, de culture, de valeurs de résistance… et le prix est dans des après-midi comme aujourd'hui où malgré le urtasum variée et intransigeante de la pensée unique, la place se remplit et fait de Valence la capitale de la tauromachie et retrouve même une nouvelle place dans le calendrier pour sa saison, nécessaire pour assurer l'avenir, octobre en arrière-plan. Respectez-la comme elle le mérite. Quand on parle tant de culture et où l'harmonie est la plus nécessaire, il y a le carré, le rond, l'ordre, respectueux de la majorité, récompensant les valeurs, interdisant le mensonge, avec la gauche naturelle, avec la droite devant, tout est permis.

Et maintenant que le taureau est sorti, les dés sont jetés : que personne ne soit attaqué par le maudit fléau du protagoniste autoritaire. Bipartisme respectueux, compétition brute, Morante et Roca, et avec eux une troisième force, Tomás Rufo, un Greco à l'horizon, issu de l'austère Castille (du moins il l'était) dont l'obligation n'est autre que d'attaquer le pouvoir établi. Aux taureaux, aux taureaux !

Post-scriptum.- La bonne vague s'étend ces jours-ci à la corrida du dimanche elle-même, tant de fois ignorée et cette fois heureusement revendiquée dans le plébiscite du box-office, le thermomètre définitif de l'acceptation.